# Le Chant des Reliques — Saison 2
## Épisode 9 · *Adieu Kev*
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> *Le vrombissement ne fait pas de différence entre les vivants et les morts. Il appelle les uns et les autres avec la même patience infinie. Et parfois, dans le noir absolu des Entrailles, il est impossible de savoir lequel on est encore.*
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## Chapitre 1 — La Sculpteuse dans le Noir
*Vespera*
Elle ne voit rien.
Sortie des gaines de ventilation après une longue rampée dans l'obscurité, Vespera se retrouve debout dans un couloir des Entrailles profondes qu'elle ne reconnaît pas — ce n'est pas sa zone, jamais été sa zone. Sous ses doigts qui tâtonnent le mur, elle sent des inscriptions gravées dans la pierre. Elle ne peut pas les lire. Il fait noir de chez noir.
Elle s'arrête. Écoute. Il y a le vrombissement, toujours, et le souffle mécanique des hélices de ventilation quelque part dans les parois. Rien d'autre. Elle appelle, doucement — juste assez pour mesurer l'écho, pas assez pour se trahir. Sa voix rebondit sur les côtés mais se perd dans le vide devant elle. Un couloir long. Peut-être une intersection.
Elle décide de marcher. Elle prend à droite.
Au fond du couloir, une lueur. Deux lueurs, en fait — deux sphères flottantes, l'une au-dessus de chaque silhouette. Les voix qui les accompagnent sont tendues, agitées : *« Mais je suis sûr qu'elles étaient passées par là ! »* Trente mètres. Vingt. Les boules de lumière grossissent.
Vespera reste dans l'angle de l'intersection et attend.
Quand les silhouettes arrivent à sa hauteur, elle reconnaît l'un d'eux sans hésitation — c'est le prêtre du Culte qui l'a fait emprisonner. Elle lui saute dessus sans préambule : un coup à la mâchoire, il s'effondre. L'autre — un jeune homme en robe rouge à spirales, une barre de fer à la main — ne bat pas en retraite. Il lève l'arme. Les yeux écarquillés, les dents serrées, il frappe de haut en bas.
Vespera avance au lieu de reculer. Son bras se lève, son coude accroche le poignet adverse : la barre de fer reste bloquée dans son dos, l'homme est collé contre elle, les bras coincés. Il tire, il ne peut pas dégager. Elle lui met un coup de tête en plein nez. Il lâche. Elle finit le combat à coups de droite et de coude dans la mâchoire — il tombe comme une masse.
Le silence revient. Les deux sphères flottent doucement au-dessus des gisants, indifférentes.
Vespera prend la barre de fer. Elle casse l'une des boules lumineuses, garde l'autre — elle a besoin de lumière pour avancer. Elle repart dans la direction d'où les deux hommes venaient.
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## Chapitre 2 — L'Anneau de la Mousse Morte
*Vespera*
Elle suit des tuyaux apparents qui courent au plafond — de gros tuyaux anciens, posés à même la roche, pas encastrés comme ailleurs. Le sol descend. Elle s'enfonce.
C'est là qu'elle voit la mousse.
Une mousse étrange, au pied des murs : des tiges dont les feuilles ressemblent à des gouttes d'eau retournées, pointant vers le haut. Mais quand la lumière de sa sphère s'en approche, les gouttes s'affaissent, les tiges se fanent, la couleur s'échappe. La mousse meurt à son contact, brin par brin, laissant une trace grise sur la pierre. Elle avance. La mousse continue de mourir devant elle.
Le couloir tourne à gauche. Puis encore à gauche. Il n'y a pas d'intersection, pas de bifurcation. Juste ce long boyau qui courbe, régulier, obstinément vers la gauche. Elle marche longtemps.
À un moment, la mousse au sol est déjà morte. Elle reconnaît sa propre trace.
Elle tourne en rond.
Pour s'en assurer, elle arrache un bout de manche et le fixe sur le mur à hauteur d'yeux. Elle refait un tour. Elle retrouve le tissu exactement là où elle l'a laissé. Le couloir est un anneau. Un espace fermé sur lui-même, profond dans les Entrailles, avec cette mousse étrange qui recule à la lumière.
Elle fait demi-tour.
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## Chapitre 3 — La Voix et la Créature
*Vespera, Narel*
En remontant, les chuchotements commencent.
Pas dans une direction précise. Partout — comme si les murs eux-mêmes soufflaient des mots trop petits pour être distingués. Vespera s'arrête, regarde autour d'elle. Rien. Elle se dit que c'est l'acoustique de cette zone close, les échos qui se mélangent. Elle essaie de rester rationnelle.
Puis elle reconnaît une voix.
Fulguraax. Il appelle son nom — *Vespera !* — et le son rebondit dans le couloir de façon impossible à localiser, peut-être devant elle, peut-être derrière. Elle court vers là où ça semble le plus fort.
Une petite main lui attrape le poignet et la tire dans un renfoncement.
Vespera se retourne en levant sa barre de fer. Devant elle, à hauteur de hanches, une créature : voûtée, verte, couverte de pustules, un long nez, des yeux écarquillés qui la regardent sans animosité. Et de cette créature sort une voix qu'elle connaît.
*« T'as mangé Narel ! Sale créature ! T'as mangé Narel ! »*
*« Quoi — mais j'ai mangé personne ! Je mange même pas du tout ! C'est moi ! »*
C'est la voix de Narel. Ce sont ses tournures, son rythme, sa logique indignée. Vespera s'immobilise, la main tremblante, la barre toujours levée. Quand Cillitéhon apparaît au bout du petit boyau latéral, la créature est redevenue Narel — une enfant de seize ans avec un visage tout à fait ordinaire, visiblement soulagée.
Vespera la prend dans ses bras sans rien dire.
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## Chapitre 4 — Les Yeux de Cillitéhon
*Vespera, Cillitéhon, Narel*
Cillitéhon était assise dos au mur, les yeux fermés, quand elles ont retrouvé Vespera. Elle se lève et se retourne — et pour la première fois, Vespera voit ses yeux en pleine lumière.
Des yeux globuleux qui sortent légèrement de leurs orbites. Vitreux. D'un blanc-gris presque sans iris, la pupille claire et très grande, dilatée en permanence. Des yeux qui ne ressemblent à rien de connu sur Gueule Noire. Cillitéhon tourne la tête vers elle et lui sourit.
Vespera lui rend un sourire — mais c'est un sourire grimaçant, sourcils froncés, nez qui tombe. Elle n'arrive pas vraiment à cacher ce qu'elle ressent.
Cillitéhon pose une main sur l'épaule de Narel et s'adresse à Vespera avec pragmatisme : *« Vous étiez à la surface — vous connaissez le moyen de remonter ? Vous connaissez les galeries ? »*
Vespera avoue qu'elle est aussi perdue qu'elles. Elle devait aller chercher de l'aide au Temple, on l'a jetée dans une cellule, elle est passée par les tuyaux, elle n'a jamais mis les pieds dans ce secteur. *« Ce n'est pas ma zone. »*
*« Tu as été arrêtée ? »* Le sourire de Cillitéhon s'efface.
*« Ouais. Et quand on va sortir d'ici, j'aurai encore plus de problèmes. On verra ça plus tard. »*
Narel rappelle le plan du vieux prêtre : des amis viendraient les chercher à la nuit tombée, à l'alcôve marquée d'un lapin. Il faut rejoindre le Puits, attendre le signal.
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## Chapitre 5 — Ce qui Tire vers le Bas
*Vespera, Cillitéhon, Narel*
Mais Cillitéhon hésite. Elle promène son regard sur les parois, sur la roche, comme si elle y lisait quelque chose. Il y a quelque chose, dit-elle — quelque chose d'important qu'elles n'auraient pas la chance de voir deux fois. Elles sont sous le Seuil, plus proches de la Fosse que quiconque n'a le droit d'être. Cette opportunité ne se recréera pas.
Vespera s'y oppose net : les gardes sont partout, elles ont déjà failli mourir, il y a une sortie planifiée, Narel n'est pas en état.
*« On n'aura pas deux fois une opportunité pareille. »*
*« Les opportunités, ça se crée. On pourra redescendre. »*
L'argument tourne. Cillitéhon presse Vespera : *« T'as pas envie de savoir ? »* Vespera : *« Bien sûr que si. Mais pas comme ça. »* Elle se retourne vers Narel — *« Qu'est-ce que tu veux faire, toi ? »*
Narel a le visage inquiet. Elle se triture les mains. La dernière fois que Cillitéhon s'est approchée du Puits, elle a entendu des voix, elle n'était plus tout à fait elle-même. Elle a failli tomber.
*« J'ai peur qu'elle retombe dedans. Que les voix l'appellent encore et qu'on la perde. »*
Silence.
*« Très bien, dit Cillitéhon. Allons-y, on monte. »*
Elle hoche la tête mais son regard reste vide — celui de quelqu'un qui cède sans être convaincu. Vespera lui pose la main sur l'épaule : *« Je te promets qu'on reviendra. Pas aujourd'hui. »*
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## Chapitre 6 — La Silhouette au Bord
*Vespera, Cillitéhon, Narel*
Deux heures d'attente dans l'obscurité. La nuit tombe à la surface — elles l'entendent au silence qui se fait dans les couloirs. Puis des échelles de corde dégringolent le long du Puits.
Vespera monte la première.
Elle émerge dans le chaos. La place est envahie de Plongeurs — des dizaines d'entre eux, enfurés, face aux gardes qui bloquent l'accès au Seuil. Les Maîtres du Seuil sont sortis de leurs piliers. Des membres du Culte se tiennent en retrait. Et les Plongeurs, menés par la haute silhouette de Maître Korven en tête de file, braillent contre les taxes : *« Inadmissible ! On joue nos peaux à chaque fois, et qu'est-ce qu'on récupère ?! »*
Une rébellion. Soudaine, bruyante, et pour l'instant sans violence — mais le point de bascule est proche.
Vespera fait signe aux deux autres et les aide à passer. Narel monte en tenant ferme la main de Cillitéhon.
Au moment où Cillitéhon franchit le bord, les voix reviennent. Celles de son peuple — lointaines, confuses, montant du fond du Puits. Elle tourne la tête malgré elle. Dans la brume qui monte de la Fosse, des silhouettes apparaissent un instant et s'estompent, comme des volutes de fumée qui prendraient forme humaine. Ce n'est pas ça qui retient son regard.
C'est l'alcôve, un peu plus bas sur le rebord du Puits. Une silhouette encapuchonnée s'y tient immobile, une main posée sur la paroi, les yeux — s'il y a des yeux — tournés vers elle. La même figure qui les a retenues lors de leur chute.
Vespera lui attrape le bras et tire. Cillitéhon atterrit ventre à terre sur la pierre, se rattrape des mains. La lumière lui brûle les yeux — trop vive, trop soudaine après les ténèbres. Elle cherche à tâton son bandeau, se l'attache en hâte au-dessus des yeux.
Les voix s'éteignent avec la silhouette, restée dans le noir.
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## Chapitre 7 — Le Repaire de Hobb
*Vespera, Cillitéhon, Narel*
La cabane est haute et étroite, perchée quelque part entre les passerelles et les Docks, avec une vue sur la ville qui rappelle celle de la cheminée mais côté mer. Pour y accéder, il faut ramper sous des ponts, escalader des structures qui grincent et tremblent. Les lits sont superposés, la table est petite, il y a une bouteille et des gobelets en acier dans un meuble bas. C'est sommaire. C'est chez eux.
Hobb est là, et les deux frères adolescents. Narel reconnaît immédiatement les faux plans que Vespera avait confiés à Hobb — toujours là, sur le lit. *« Tu les as pas encore amenés à Sœur Lame ? »* Hobb la regarde : *« C'est pour ce soir. »* Il tourne en rond, il ne tient pas en place.
La bouteille circule. Cillitéhon décline — elle sort une poignée de ses propres provisions de sa sacoche et commence à grignoter, un crissement qui fait sourciller tout le monde. Narel tend la main, curieuse. Elle croque dedans. Un éclat de molaire lui reste sur la langue.
*« Je crois que c'est un bout de ma dent. »*
*« Il doit pas être mûr »*, dit Cillitéhon, sincèrement désolée.
Hobb veut y aller seul. La discussion s'engage : Cillitéhon propose d'envoyer les deux frères le suivre discrètement, assez loin pour qu'il ne les voie pas — juste au cas où. Narel, après réflexion, décide de les accompagner : elle connaît les hauteurs, elle peut grimper sur les toits et suivre en silence. *« Comme un petit faucon. »*
Vespera tente de retenir Hobb avant qu'il ne parte. Elle l'attrape. Il s'agite, il tire, il beugle : *« Lâche-moi ! Je te dis lâche-moi ! T'es chez moi ici ! »* Elle lâche. Il attrape la bouteille, la brandit — pour menacer, pas pour frapper. Elle avance la tête vers lui sans reculer, comme pour lui dire : vas-y. La bouteille part contre le mur. Il attrape son sac et saute par la fenêtre.
Les deux frères se regardent, haussent les épaules, et disparaissent à leur tour — l'un par la fenêtre, l'autre par la porte.
*« Une vraie tête de lard »*, dit Vespera dans le silence retrouvé. *« Il n'écoutera jamais. »*
Le plan se divise : Cillitéhon ira à l'auberge chercher des nouvelles attendues. Vespera ira voir Kev. Narel accompagnera les deux ados. Rendez-vous dans deux ou trois heures — si l'une manque à l'appel, les autres partent à ses trousses. Avant de quitter la cabane, Cillitéhon range, replie les couvertures, remet la bouteille dans un coin. Elle laisse un mot sur la table pour les frères : rendez-vous au coucher du soleil, les destinations de chacune. Et une signature en bas : *« J'ai sorti la poubelle. »*
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## Chapitre 8 — Adieu Kev
*Vespera*
Il ne l'a pas entendue arriver.
Kev est assis dans une alcôve de l'atelier des Fondeurs, sur une table sommaire, penché sur une boîte en acier qu'il retravaille depuis Dieu sait combien de temps. Sa boîte à outils est posée à côté. Il tritourne l'objet avec son tournevis, concentré. Le visage absorbé, la langue peut-être entre les dents — le genre de concentration tranquille qu'on n'a que quand on se croit seul.
_« Kev. Tu vas bien ? »_
Il sursaute. Le couvercle de la boîte saute en même temps. _« J'y étais presque ! »_ s'exclame-t-il — puis il la voit, et il se redresse. _« Pardon, Madame. »_
Elle le prend dans ses bras avant même d'y réfléchir. Ce n'est pas calculé — ce n'est pas dans sa façon de faire, ce n'est pas ce qu'elle avait prévu de faire. Lui se fige entièrement : les bras raides, les doigts écarquillés, le corps paralysé à l'intérieur de l'étreinte comme quelqu'un qui ne sait pas quoi faire des gestes qu'on lui donne. Elle se reprend. Elle le relâche. Il recule de deux pas et la regarde sans rien dire.
Elle lui explique : Fulguraxx est convaincu qu'elle le trahit. Il est parti en vrille. L'atelier lui est fermé. Kev hoche la tête — il avait compris quand le maître l'avait congédié en lui disant d'aller faire cuire du poisson ailleurs. Il était parti le plus vite possible. Mais il l'avait suivi à distance, et il avait vu où Fulguraxx avait caché ses vrais plans.
_« Dans une vieille forge éteinte. Dans le fourneau. »_
Vespera fronce les sourcils. Ça sent le piège. Fulguraxx est trop malin pour ça. Kev hausse les épaules — il avait failli se faire repérer, il avait fui. C'est tout ce qu'il a pu faire.
_« C'est plus que ce que j'espérais, Kev. »_
Il sort de son sac, enveloppé dans des feuilles séchées, un morceau de poisson fumé. Il le pose sur la table devant elle avec la simplicité de quelqu'un qui n'a pas grand-chose d'autre à offrir. _« J'en ai fait, si vous voulez. »_ Vespera s'installe et l'engloutit sans vraiment le goûter — mécaniquement, comme si mâcher était la seule chose qu'elle pouvait encore faire sans penser. Il est très salé. Elle ne le dit pas.
_« Qu'est-ce qu'il y a de si important, sur ces plans, à votre avis ? »_
_« Je ne sais pas. Peut-être le grand projet. »_ Fulguraxx en parlait depuis des années sans jamais en dire plus. _« Je préférerais le confronter. »_
_« Ah, bah pas moi. »_
Puis elle dit qu'elle ne reviendra pas. Que c'est la dernière fois qu'ils se voient.
Il y a un silence. Kev se lève lentement. _« Comment ça, plus jamais ? »_ Il tourne un peu en rond — les Maîtres du Seuil, peut-être ? D'autres solutions ? _« Ça me manque d'avoir cette naïveté »_, dit-elle, et il y a dans sa voix quelque chose qui ne ressemble pas à du mépris — plutôt à une vieille douleur qu'elle a appris à ne plus soigner. Il insiste. Elle répond : si elle reste, ce sera la Fosse ou Fulguraxx. L'un ou l'autre. _« Quitte à choisir, je préfère choisir mon destin. »_
_« On se dit au revoir comme ça, là ? »_
_« C'est même préférable. »_
_« Préférable pour qui ? »_
Un temps.
_« Pour toi. »_
Elle se lève. Elle le serre contre elle une dernière fois — et cette fois, après un moment, sa main droite vient toucher le coude de Vespera. C'est tout. Un coude. Le reste du corps toujours raide, comme si le geste lui avait coûté tout ce qu'il avait. Elle l'appelle par son prénom. Elle lui dit qu'il est un bon gamin, qu'il a tout devant lui, qu'il apprendra. Qu'il finira sa boîte.
_« Adieu, Kev. Tu vas me manquer. »_
Elle passe la porte. Un dernier regard en arrière — il ramasse le couvercle tombé de sa boîte, lève les yeux vers elle. Ses yeux sont rougis.
Elle sourit avant de disparaître dans le couloir.
Alors le sourire se défait. Dans le couloir vide, elle sanglote. L'eau ne coule que d'un côté de son visage — d'un seul œil, le vrai. Les reniflements s'enchaînent, de plus en plus insistants, comme si elle cherchait une respiration qu'elle ne trouve plus. Ce qui lui traverse l'esprit : la peur qu'il lui arrive quelque chose maintenant qu'elle ne sera plus là pour contrôler quoi que ce soit. L'espoir qu'il aura une belle vie. Qu'il apprendra des choses. Et ce regret qui monte, inattendu, d'avoir raté trop de choses à ses côtés sans s'en apercevoir.
_Mine de rien, c'était un bon gamin._
Dans la pièce qu'elle vient de quitter — qu'elle ne voit plus, qu'elle ne peut pas entendre — Kev est courbé sur sa boîte en acier, les épaules secouées de soubresauts silencieux.
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## Chapitre 9 — La Chambre Retournée
*Cillitéhon*
Le crépuscule prend des couleurs chaudes au-dessus des toits de Gueule Noire. Un orange qui tire vers le rouge. Dehors, la ville est encore en effervescence — les voix de la foule qui manifeste, le bruit de fond d'une île qui vacille.
Devant la porte de sa chambre à l'auberge, Cillitéhon s'arrête.
Si de l'autre côté de cette porte rien ne l'attend, les présages entendus au fond du Puits pourraient commencer à se réaliser. L'idée lui fait courir un frisson dans le dos. Elle pose la main sur la poignée en acier, la pousse vers le bas.
La porte s'entrouvre en grinçant.
La chambre est sens dessus dessous. Les draps partent dans tous les sens. Tout est retourné, fouillé. Quelqu'un est venu ici en son absence.
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*La Fosse a appris leurs voix. Elle appelle avec les mots de ceux qu'on aime. Elle imite même ceux qu'on n'oserait pas admettre aimer. Mais cette nuit, ce ne sont pas les abysses qui ont fracassé quelque chose — c'est l'île elle-même, dans ses propres murs, dans ses propres chambres.*
*Gueule Noire a des yeux partout. Et on a laissé trop de traces.*