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# Le Chant des Reliques — Saison 2, Épisode 6
## *Les Échos*
## Chapitre 1 — Préparatifs de départ
*Cillitéhon, Vespera*
La matinée avance chez Vespera. Narel dort encore à l'étage, assommée par la fatigue. Hobb, les plans sous le bras, s'apprête à partir rejoindre les autres enfants et préparer la remise des faux documents à Sœur Lame.
Cillitéhon et Vespera discutent de la suite. L'Azir propose une alliance : s'épauler mutuellement plutôt que se séparer. Elle aimerait que Vespera l'accompagne chez la Peseuse, l'archiviste des Maîtres du Seuil, qui pourrait détenir des informations sur l'objet qu'elle recherche. Vespera, de son côté, suggère qu'elle pourrait obtenir des renseignements sur Sœur Lame auprès de Fulguraxx — mais seulement en tête-à-tête. Cillitéhon reconnaît la sagesse de l'ordre des priorités : d'abord la Peseuse, une démarche décorrélée de l'affaire Sœur Lame, puis les investigations plus dangereuses.
« À partir du moment où on commencera à poser des questions sur Sœur Lame, elle en sera au courant et on sera en danger, » prévient Vespera.
Cillitéhon lui révèle alors, avec une certaine hésitation, l'objet de sa quête : le **Terraformateur**. Vespera penche la tête, cherche dans sa mémoire. Le terme lui dit vaguement quelque chose, mais elle ne saurait dire d'où. « En tout cas, la Peseuse en saura plus que moi, ça c'est sûr. »
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## Chapitre 2 — Les adieux de Kev
*Cillitéhon, Vespera*
Vespera confie une mission à Kev : rester auprès de Fulguraxx pour la journée, observer tout — ce qu'il fait, écrit, avec qui il parle — et lui rapporter le soir. Le jeune homme accepte, malgré une peur visible. L'image de l'adolescent attaché à la chaise par le chef des Fondeurs est encore fraîche dans son esprit.
« C'est-à-dire que je viens de voir Fulguraxx taper sur un adolescent et l'attacher à une chaise, » lâche-t-il, nerveux. « Qu'est-ce qui l'empêcherait de faire la même chose avec moi ? »
Vespera le rassure — si elle le lui demande, c'est précisément parce qu'elle le sait capable. Avant son départ, Cillitéhon s'agenouille devant lui. Elle gratte un lambeau de l'enduit rocheux qui recouvre sa peau et, du pouce, trace une marque ocre sur le front du jeune homme. Un geste solennel, presque cérémoniel : « Pour vous remercier de votre courage et de votre dévouement. »
Kev est paralysé. Ses yeux roulent de Vespera à la porte sans jamais se poser sur l'Azir. Cillitéhon réarrange délicatement ses mèches sur le front pour cacher la marque, avec une douceur qui oscille entre le maternel et le sacré. Puis elle s'incline et s'écarte.
Kev se lève, ramasse sa caisse — toujours une caisse — et part sans un mot de plus, le cœur visiblement chamboulé.
« Très touchant, ce jeune homme, » dit Cillitéhon en le regardant s'éloigner.
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## Chapitre 3 — Le réveil de Narel
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Cillitéhon monte réveiller Narel. La jeune Enderienne est enfouie dans les couvertures, ronflant légèrement. Quand Cillitéhon murmure son nom, Narel se retourne, les yeux bouffis par le sommeil et l'air salin.
« Cilly, c'est toi ! »
En quelques minutes, l'adolescente a retrouvé son entrain. Elle jette la couette d'un geste dramatique et bondit hors du lit. Le trio se met en route : traverser les Entrailles, remonter au Seuil, contourner le Puits par le Grand Marché pour atteindre le bâtiment des Maîtres.
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## Chapitre 4 — Les Échos
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Le marché bat son plein quand un son profond résonne — un *dongue* grave qui se propage sur toute la place. Les voix s'éteignent. Les marchands posent leurs outils. Tous les regards convergent vers la petite plateforme au centre, près de la passerelle qui mène au bâtiment du Culte.
Vespera s'arrête, bras croisés. Elle connaît le rituel.
Un prêtre en robe blanche ornée de spirales traverse la passerelle, se retourne face au grand bâtiment — et sa voix, amplifiée par un phénomène acoustique étrange, porte sur toute la place :
*« Celui qui porte le masque de cuir perdra plus que son visage. »*
Un deuxième prêtre lui succède :
*« Un étranger marche avec la grâce des cimes. Les arbres n'ont pas de racines ici. »*
Un troisième :
*« Le cœur bat plus lentement. Comptez les battements. »*
Puis un dernier traverse — mais celui-ci est différent. Un prophète en robe rouge, guidé par un jeune prêtre, ce dernier prononce des mots dans une langue que ni Vespera ni Narel ne comprennent. Mais Cillitéhon, elle, comprend parfaitement. C'est **sa langue** — celle des Azirs :
*« Elle qui porte la roche dans son sac porte le feu dans ses mains. La montagne saigne. Et les charognards sentent le sang. »*
Ses épaules s'affaissent d'un coup avant de se redresser, tendues. La foule reprend vie, chacun débattant du sens des prophéties. Narel sent confusément que l'écho sur les arbres et les cimes la concerne, sans pouvoir le formuler.
Vespera, le visage fermé, hoche la tête de gauche à droite. « Bon, on y va, on va pas traîner plus longtemps ici. »
Quand Cillitéhon demande qui sont ces gens et s'il est possible de leur parler, Vespera réagit vivement : « N'écoute jamais ce qu'ils te disent. C'est le seul conseil que je peux te donner. » Sa colère à l'égard du Culte de la Fosse est palpable.
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## Chapitre 5 — Le prophète et la lumière
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Le groupe arrive devant les gardes qui protègent l'accès au bâtiment des Maîtres. Un jeune prêtre accourt — la Peseuse a été prévenue, il va les accompagner. Mais en longeant le bâtiment, le prophète en robe rouge les repère. Son regard se fixe sur Cillitéhon. Il commence à faire des signes agités avec ses mains.
Vespera se place instinctivement entre le prophète et l'Azir. C'est alors que sur l'avant-bras de Cillitéhon, là où elle a gratté un peu de son enduit rocheux pour marquer le front de Kev, un point lumineux se met à briller. Une lumière aquatique, ondoyante — blanc, bleu ciel, rose pâle — qui pulse sous la croûte terreuse de sa peau.
Le jeune prêtre qui accompagne le prophète pointe le doigt vers ce phénomène. Le prophète entre dans une agitation incontrôlable. Il signe frénétiquement : *montagne, sang, mangeurs de chair, feu* — répétant en boucle les mots de sa prophétie. Des gardes accourent de toutes parts.
« Dame, je pense qu'il va falloir que vous nous suiviez. Seule, » déclare le jeune prêtre en s'adressant à Cillitéhon.
L'Azir plaque sa main sur son bras pour cacher la lumière. Elle se tourne vers Vespera, qui hausse les épaules : « Tu veux y aller ? Ça va aller ? »
Cillitéhon s'excuse auprès de ses compagnes et s'éloigne avec les gardes, dans l'espoir d'éloigner le danger de Narel et Vespera.
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## Chapitre 6 — L'entrevue avec la Peseuse
*Cillitéhon*
Les portes du bâtiment s'ouvrent sur une lumière intense. Pour Cillitéhon, c'est une douleur — elle ferme les yeux et demande qu'on la guide. Le jeune prêtre la prend maladroitement par l'avant-bras, ce qui expose à nouveau le point lumineux, mais Cillitéhon n'a pas d'autre choix que de se laisser conduire à l'aveugle.
Elle traverse des couloirs, monte des escaliers. L'endroit lui est étrangement familier — elle reconnaît instinctivement le chemin emprunté lors de sa rencontre avec le Maître-Ingénieur.
On la fait entrer dans une immense bibliothèque ronde, sur plusieurs étages, remplie de livres du sol au plafond. Des échelles, des tables en acier, des globes luminescents. Et au milieu de tout cela, une femme d'une soixantaine d'années passée, le visage tiré, des petites lunettes rondes, un chignon sévère. Elle observe Cillitéhon avec des yeux perçants, sans prononcer un mot.
D'un geste, elle lui désigne une chaise.
« Donc, vous êtes une Azir. »
Cillitéhon tente discrètement de recouvrir le point lumineux sur son bras en grattant l'enduit autour — mais la matière s'effrite et agrandit la zone exposée. La Peseuse a vu ses gestes, mais ne dit rien.
L'Azir va droit au but : « La vie de mon peuple est compromise. La montagne s'est réveillée, et elle meurt de faim. Ses enfants ont commencé à disparaître. On m'a guidée jusqu'à vous. Auriez-vous connaissance du Terraformateur ? »
La Peseuse la regarde par-dessus ses lunettes, puis se lève. Elle grimpe une première échelle, puis une deuxième, presque jusqu'au plafond de la bibliothèque. Elle redescend avec un ouvrage ancien qu'elle pose délicatement sur un repose-livre, enfile des gants, et tourne les pages une à une.
« Oui, je vois ce que vous cherchez. C'est un artefact puissant. Très ancien. »
Mais les informations ont un prix. La Peseuse est à court de moyens — elle travaille quasiment seule dans ces archives. Cillitéhon met immédiatement la main à sa bourse et en sort ses **trois dernières perles**. La Peseuse est stupéfaite. Elle hésite, ses doigts tremblent au-dessus des mains de l'Azir.
« Au nom du Psylocide, » insiste Cillitéhon.
La Peseuse prend les perles. C'est le premier sourire — à peine un plissement des lèvres — que Cillitéhon lui voit. Elle fait rouler chaque perle entre ses doigts avec un œil d'experte : « C'est incroyable. Elles sont parfaites. »
Les perles disparaissent dans une bourse de velours. La Peseuse promet de faire des recherches approfondies et de transmettre des informations de première main sur l'emplacement du Terraformateur. Avant que Cillitéhon ne parte, elle la met en garde : « Je vous invite à faire quelque chose pour ce que vous avez sur le bras. Ici, il y a beaucoup de superstitions sur ce qui sort de la Fosse. On ne voudrait pas qu'il vous arrive malheur. »
Cillitéhon ose une dernière question : l'écho prononcé dans sa langue, et les voix qu'elle a entendues monter du Puits lors de sa première visite. La Peseuse est directe : « Si vous étiez vraiment Appelée, vous ne seriez pas en face de moi. Tous les Appelés finissent dans la Fosse. Mais le fait qu'un écho soit dans votre langue... c'est étrange. »
En sortant, Cillitéhon croise le Maître-Ingénieur, qu'elle reconnaît à sa voix. Il s'amuse de la voir : « J'ai vu que vous avez pu parler à la Peseuse. C'est de bon augure. J'espère qu'elle vous a été utile. » « Oui, très utile. Elle semble tout à fait touchée par la raison de ma venue. » Puis, avec un demi-sourire : « La Peseuse, touchée ? Vous allez me dire aussi que vous l'avez vue sourire ? »
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## Chapitre 7 — L'avertissement du prêtre
*Narel, Vespera*
Pendant ce temps, dehors, Vespera et Narel attendent sous le regard des gardes. Le jeune prêtre-traducteur revient après avoir raccompagné le prophète à l'intérieur. Il pose des questions : connaissent-elles cette Azir ?
Vespera reste évasive : « Elle m'a juste demandé de la guider vers la Peseuse. » Narel, elle, ne peut s'empêcher de défendre son amie : « C'est mon amie ! Elle est très gentille, elle n'a rien fait de mal ! »
Le prêtre les met en garde, le regard grave : « Je vous recommande de faire attention. Sous les apparences mielleuses, il y a autre chose qui dort en elle. Elle peut être probablement beaucoup plus violente que ce que vous avez pu voir. »
Vespera lève le menton, impassible. « Je prendrai note de vos conseils. On peut y aller ? »
« Dernière chose, » ajoute le prêtre. « Si on vous revoit dans le bâtiment ou autour du bâtiment, c'est le Puits assuré. »
Vespera ne répond pas et pousse Narel vers la sortie.
« Lui, je l'aime pas ! » murmure Narel une fois hors de portée. « Il a dit du mal de Cilly, et en plus il nous jette comme si on était malpropres ! »
« Ça peut te rassurer, y'a pas grand monde qui l'aime, celui-là. »
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## Chapitre 8 — Le pain et les souvenirs
*Narel, Vespera*
En attendant Cillitéhon, Vespera emmène Narel manger. La conversation roule sur les circonstances de leur rencontre. Narel raconte comment elle s'est retrouvée attachée dans la cale du bateau — son frère Aaron lui avait dit que Gueule Noire serait sa première destination, et elle a voulu suivre ses traces. « La négociation, c'est pas mon fort, » admet-elle avec un sourire triste.
Vespera demande depuis combien de temps son frère a disparu. « Deux ans, » répond Narel, les yeux brillants. « Il me ressemble, mais en plus grand, avec des cheveux plus courts et des yeux verts. Il est très gentil ! Tu l'as peut-être croisé ? »
Vespera la tempère doucement : « Les étrangers, sur Gueule Noire, ils font pas long feu. Ils viennent et ils repartent. S'ils restent plus longtemps, ça leur porte péril. »
Elles s'arrêtent devant un étal de boulangerie. Narel choisit un petit pain aux graines qui lui rappelle ce qu'elle mangeait chez elle. Vespera opte pour un pâté en croûte dégoulinant de gras. Elles mangent côte à côte — Narel avec émerveillement, Vespera avec un appétit franc et sans manière.
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## Chapitre 9 — La silhouette dans la foule
*Narel, Vespera*
Au moment où Narel s'apprête à croquer dans le pâté de Vespera, son regard est happé par la foule. Quelque chose — quelqu'un — passe au loin. Des cheveux bruns bouclés, une silhouette élancée, et peut-être — peut-être — des yeux verts.
« Vespera, je crois que j'ai vu mon frère ! »
Narel attrape la main de Vespera et l'entraîne dans la cohue. « Peut-être qu'il est resté bloqué ici, peut-être qu'il n'a pas pu repartir ! » Mais sa petite taille l'empêche de voir par-dessus les épaules de la foule. Au moment où elle tente d'escalader une caisse, deux mains fermes l'agrippent par les hanches — Vespera la hisse sur ses épaules pour lui donner de la hauteur.
Narel pointe une direction. Vespera fend la foule. La silhouette se déplace, ne s'enfuit pas, mais se meut d'un pas léger, fluide. Narel crie le nom de son frère — mais le marché est trop bruyant.
C'est alors que Hobb surgit devant elles, le regard grave, tourmenté. Son apparition soudaine fait perdre la piste à Narel. La silhouette disparaît dans la marée humaine.
Hobb s'approche de l'oreille de Vespera et murmure quelque chose que Narel n'entend pas : **Aaron est mort. Il a sauté dans le Puits.** Hobb l'a vu.
Vespera pose un doigt sur ses lèvres — *silence*. Puis elle se tourne vers Narel avec une voix douce : « C'est pas grave, Narel. On cherchera plus tard. »
Narel, ignorant ce qui vient d'être dit, serre Vespera dans ses bras. « J'aurais aimé que ce soit lui. Désolée. » Sa main monte machinalement vers son cou, cherchant le médaillon d'Aaron — qui n'est plus là.
Hobb, les larmes aux yeux, lâche quelques mots résignés à Narel avant de s'en aller : « Des fois, tu fais pas ce que tu veux. Des fois, on t'impose des choses. Des fois, tu perds des amis. C'est comme ça, la vie. »
Narel le regarde partir sans comprendre. Elle interroge Vespera du regard.
« On en parlera plus tard. C'est pas le moment. »
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## Chapitre 10 — Retrouvailles et tremblement
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Pour se réconforter, Narel reprend une bouchée de son pain. Les deux compagnes attendent près du bâtiment des Maîtres — sans trop s'approcher, vu l'interdiction. Narel demande innocemment combien Cilly va peser chez « la Peseuse », déclenchant un fou rire monumental chez Vespera — un vrai, avec une larme qui coule de son œil valide. Narel finit par comprendre que la Peseuse est une archiviste, pas une balance.
C'est sur ce moment de légèreté que Cillitéhon les retrouve. Elle descend les marches du bâtiment, une main toujours pressée sur son avant-bras.
« Elle t'a donné ce que tu voulais ? » demande Narel.
« Oui. J'attends de ses nouvelles pour la suite. Mais c'est prometteur. »
Narel raconte qu'elle s'est fait bannir du périmètre — « quitte à m'en crever. » Cillitéhon s'excuse, expliquant que la présence d'une Azir provoque des réactions de rejet. Vespera remarque que Cillitéhon tient son bras d'une façon étrange. L'Azir montre discrètement la zone de peau mise à nu, d'où émane cette lueur aquatique ondoyante. L'œil artificiel de Vespera s'active instinctivement en mode loupe — Cillitéhon réagit vivement, haussant le ton pour la première fois : « Nouez-le, s'il vous plaît ! »
Vespera noue un morceau de tissu arraché à son propre vêtement autour de l'avant-bras de Cillitéhon, les yeux volontairement détournés. Le geste est un peu brusque, sans être malveillant. Narel, curieuse, demande si quelqu'un l'a blessée. Cillitéhon esquive : « Je ne suis pas blessée. Tout va bien. »
Pour désamorcer la tension, Narel tend un reste de pain. L'Azir sourit doucement, puis plonge la main dans sa bourse pour en tirer des poignées d'éclats de pierre — gris, noir d'obsidienne, ocre d'argile — qu'elle enfourne dans sa bouche. Ça croustille, ça grince entre les dents. Un goût de chez elle retrouvé.
Narel prend la main de Cillitéhon d'un côté et celle de Vespera de l'autre.
« Et maintenant ? On fait quoi ? »
À cet instant précis, la terre se met à trembler — pas le tangage habituel, mais un véritable séisme. Le sol vibre, les étals commencent à s'effondrer, les gens crient et tombent les uns sur les autres.
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*Le vrombissement s'intensifie. Le Cœur bat plus lentement. Et sur le marché du Seuil, trois femmes se tiennent par la main tandis que le monde tremble sous leurs pieds.*