[[S02E04 - L'Appel du Vide|Épisode Précédent]] - [[S02E06 - Les Échos|Épisode Suivant >]]
# Le Chant des Reliques — Saison 2, Épisode 5
## *Plans Foireux*
## Chapitre 1 — La Découverte
*Narel, Vespera*
Vespera fait les cent pas autour de la table, l'œil pulsant au rythme de son cœur furieux. L'adolescent qu'elle a chassé a disparu dans les couloirs, mais quelque chose cloche. Elle claque la porte, fulmine contre ces gamins qui ne mesurent pas les conséquences de leurs actes.
C'est alors qu'elle aperçoit des traces de sang sur le sol.
Elle se baisse, intriguée — et ses yeux rencontrent ceux d'une enfant terrifiée, cachée sous la table. Un masque de cuir sur le visage. Le cœur de Narel bat si fort qu'elle est certaine qu'on peut l'entendre dans tout le bâtiment.
Vespera l'empoigne par le col et la soulève sans ménagement. Son œil artificiel pulse d'un rouge intense, presque incandescent. Elle arrache le masque — et reconnaît la jeune Enderienne qu'elle a croisée plus tôt.
« Pardon, » souffle Narel, les larmes aux yeux, tapotant faiblement la main qui la retient. « On voulait juste... Pardon. »
Un autre adolescent émerge d'un tas de vêtements dans un coin — un membre de la bande de Hobb, découvert à son tour.
« C'est pas possible ! » gronde Vespera. « Vous vous rendez compte dans quelle merde vous vous êtes foutus ? »
Puis elle entend ce qu'elle redoutait : des pas lourds et métalliques dans le couloir. Elle les reconnaît aussitôt.
*Fulguraax.*
---
## Chapitre 2 — L'Arrivée du Maître
*Narel, Vespera*
Vespera fait signe aux enfants et à Kev de ne pas bouger, de ne pas parler. Elle attrape une bouteille dans un placard, composant son expression. La porte s'ouvre sur la silhouette massive du chef des Fondeurs.
« Qu'est-ce que vous foutez là ? C'est quoi ces mômes ? »
Vespera sourit, jouant la décontraction. « On a terminé la journée, je les ai croisés, ils s'ennuyaient. On va aller boire un verre chez moi. »
Mais Fulguraax n'écoute déjà plus. Son regard balaie la pièce, s'arrête sur le désordre. « Qui c'est qui a foutu mes fringues là ? » Puis, d'un coup, il se fige. « Ils sont où mes plans ? »
Le sang de Vespera se glace.
« Quels plans ? Il n'y avait pas de plans quand je suis entrée. »
Fulguraax la fixe, puis se tourne vers les enfants. Il fouille Narel sans ménagement, puis Kev, puis l'adolescent. Quand sa main passe dans le dos du garçon, il soulève le t-shirt d'un geste brusque — le tissu se déchire sous son bras mécanique — et il en retire les plans volés.
Vespera se décompose.
---
## Chapitre 3 — Le Prix des Erreurs
*Narel, Vespera*
Fulguraax verrouille la porte de l'extérieur. Il tient une clé à molette énorme dans sa main valide.
« Bon, allez, ça suffit. On va le faire à ma sauce. »
Vespera s'interpose. « Attends ! Ils ne savent rien. C'est Hobb qui sait tout. Laisse-moi le temps de le retrouver. »
« Hobb ? » Fulguraax la toise. « Tu te démerdes. Tu me retrouves ce Hobb. En attendant, je garde le petit jeune là pour avoir une explication. »
« Tu lui fais pas de mal. S'il te plaît. Demain matin, je te ramène Hobb. »
« Je suis chez moi ici. T'as pas d'ordres à me donner. »
« C'est pas un ordre. C'est un service que je te demande. Après tant d'années... Tu le touches pas jusqu'à demain. »
Un long silence. Fulguraax la fixe, puis finit par lâcher : « Je te laisse jusqu'à demain après-midi. Je suis grand seigneur. »
Il pose sa main de fer sur l'épaule de l'adolescent. Ses doigts mécaniques s'enfoncent dans la chair. Le garçon grimace mais serre les dents, les larmes coulant déjà.
Vespera pousse Narel vers la sortie.
La dernière image que l'Enderienne voit : l'adolescent affalé sur une chaise, ce monstre de métal et de chair à côté de lui, et la porte qui se referme sur cette scène.
---
## Chapitre 4 — La Chasse au Renard
*Narel, Vespera*
Dans le couloir, Narel s'effondre en excuses. « Je suis vraiment désolée. Je vais t'aider à retrouver Hobb. »
Vespera s'abaisse à son niveau, plonge son regard dans le sien. « Écoute-moi bien, gamine. Ce gamin va crever si on le retrouve pas. Là, il va pas le toucher jusqu'à demain. Mais après... je pourrai plus rien faire. »
« Je veux pas qu'il meure non plus. »
« Où Hobb aurait pu partir ? »
Narel réfléchit. Elle se souvient de leur point de rendez-vous : la cheminée aux fleurs métalliques. C'est par là qu'ils sont entrés — en escaladant les fougères d'acier qui lui ont entaillé le mollet.
« On va aller directement à la cheminée, » décide Vespera. « Avec un peu de chance, il y attend les autres. Kevin, tu nous suis. »
Le jeune apprenti hoche la tête, trop heureux de ne pas rester seul.
---
## Chapitre 5 — L'Aube sur le Seuil
*Cillitéhon*
Les premiers rayons du soleil filtrent timidement à travers la bruine perpétuelle. Cillitéhon s'extrait de sous le lit où elle a dormi — enfin un espace qui ressemble un peu à la maison. Elle s'agenouille face au mur de pierre, les mains posées contre la roche froide, et murmure une prière dans sa langue natale.
Elle noue son bandeau autour de sa tête et ouvre la fenêtre. Son regard se pose immédiatement sur le Puits, cette béance sombre au centre de la place. Le vrombissement ne s'arrête jamais.
Elle décide de laisser Narel dormir — la jeune fille a besoin de repos après leur journée éprouvante — et descend explorer le marché qui s'installe autour du Puits.
Une marchande l'interpelle aussitôt : « Vous allez avoir froid comme ça, madame ! Avec l'humidité ici, on attrape la mort ! »
Avant que Cillitéhon puisse protester, la femme lui passe sur les épaules une cape en laine fourrée. L'Azir se fige, les bras tendus. Sous son bandeau, ses yeux se plissent de dégoût : les fibres de laine s'accrochent aux écailles rocailleuses de sa peau, tirent, grattent horriblement.
« En effet, » dit-elle avec un sourire crispé, « on sent tout de suite la différence. »
Elle paie avec un éclat de cristal — bien trop généreux pour un simple manteau — et s'éloigne, le vêtement maudit noué autour de sa taille.
---
## Chapitre 6 — Le Marché des Ombres
*Cillitéhon*
En déambulant sur la place, Cillitéhon remarque qu'une marchande de tissus semble contrôler l'accès à quelque chose derrière son étal. Un garde lui pose une question étrange : « Vous venez acheter ou vendre ? »
Cillitéhon comprend qu'il s'agit d'un code. Elle improvise, montrant le manteau qu'elle porte à la taille : « Je suis venue acheter une étoffe pour ma maman. Elle a dû tomber malade avec tout ce froid. » La marchande sourit et la laisse passer derrière le rideau.
L'ambiance change du tout au tout.
Un couloir sombre, éclairé par des torches. Des étals sinistres. Et sur sa droite, la première chose qu'elle voit : des êtres humains enchaînés. Un homme pose des pancartes avec les « nouveaux tarifs ».
Un marché aux esclaves.
Cillitéhon avance, le cœur serré. Elle passe devant une cage où grogne une créature — un loup géant qui reçoit des coups de bâton. « Alors, madame, ça vous tente un petit toutou ? »
Elle sourit poliment et poursuit son chemin. Jusqu'à ce qu'une voix familière l'interpelle.
Le marin. Celui du bateau qui l'a amenée ici. Celui qui la regardait avec une insistance déplacée pendant tout le voyage.
Il se tient près d'un groupe d'esclaves — trois malheureux qu'elle reconnaît aussitôt. Ce sont ceux du bateau, ceux qui n'ont pas réussi à s'échapper avec Ocry lors de la révolte.
« Madame ! Je suis content de vous revoir ! »
Cillitéhon s'approche de la cage, ignorant le marin dont le regard descend le long de son corps avec une lenteur obscène. Elle s'adresse aux prisonniers : « Où est Ocry ? »
« On ne sait pas. Il a réussi à sortir du bateau. Il ne doit même pas savoir qu'on est ici. Vous savez ce qui nous attend ? Ils vont nous user jusqu'à la moelle... »
« Non, » dit Cillitéhon avec fermeté. « Ça n'arrivera pas. Je vous promets de trouver une solution. »
Elle leur donne discrètement le manteau qu'elle a acheté — un gage de son retour. Puis elle fait un geste bizarre avec ses doigts devant le marin, une « bénédiction » improvisée pour se débarrasser de lui, et s'éclipse rapidement.
Elle ne trouve pas le Terraformateur dans ce marché noir. Mais elle sait maintenant que des innocents attendent qu'on les sauve.
---
## Chapitre 7 — Disparition
*Cillitéhon*
De retour à l'auberge, Cillitéhon frappe à la porte mitoyenne. Pas de réponse. Elle entrouvre. « Narel ? »
Silence.
La chambre est vide. La fenêtre est ouverte, les rideaux flottent dans le courant d'air. Le lit n'a pas été défait.
Narel a disparu.
L'hôtesse n'a vu personne sortir. Le gardien non plus. Cillitéhon sent l'inquiétude monter — puis se raisonne. Peut-être la jeune fille suit-elle une piste concernant son frère...
C'est alors qu'un enfant déboule dans l'entrée de l'auberge, malgré les protestations de la tenancière.
« Je crois que votre amie a des ennuis. C'est de ma faute. »
Cillitéhon s'accroupit à sa hauteur. « Tu veux bien me raconter ce qui se passe ? »
---
## Chapitre 8 — Retrouvailles dans l'Acier
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Vespera, Narel et Kev ont traversé les Entrailles jusqu'à la cheminée aux fleurs métalliques. Une chaîne barre la porte du bâtiment. Kev sort une pince de sa sacoche et s'acharne dessus, venant tout rouge à force de forcer.
Vespera sourit malgré la tension. Elle sort une fiole de sa poche et en verse quelques gouttes sur la chaîne — le métal se corrode instantanément, comme rouillé par des siècles. Un coup de pince, et la chaîne cède.
« T'en auras besoin souvent, » dit-elle en lançant la fiole à Kev. « Quand on change les chaînes du pont, c'est un truc que tu dois avoir constamment sur toi. »
Ils entrent dans le bâtiment — un entrepôt rempli de caisses, de plateformes à différentes hauteurs, d'échelles et de poutres.
« Hobb ! » crie Kev. « Hobb ! »
Une silhouette apparaît sur une plateforme, à une dizaine de mètres de hauteur. Hobb regarde en bas, reconnaît Narel.
« Narelle ! »
Il descend avec l'agilité d'un singe, sautant de poutre en échelle. Vespera l'attrape par le bras dès qu'il touche le sol.
« Donne-moi les plans ! »
« Fulguraax les a déjà récupérés, » intervient Narel.
C'est alors que Cillitéhon descend à son tour, ayant suivi Hobb depuis l'auberge. Elle atterrit souplement près du groupe. Son regard alterne entre Vespera, Hobb, et Narel — dont elle remarque aussitôt le bandeau ensanglanté autour du mollet.
« Narel, tu vas bien ? Tu as l'air blessée. »
Elle remarque le bandeau de tissu noirci que Vespera a noué autour du mollet de la jeune fille pour protéger sa blessure.
La jeune Enderienne fond en larmes. « Pardon, Cilly. J'ai suivi tes amis et j'ai fait des bêtises. Je voulais pas... »
Cillitéhon s'écarte légèrement, stupéfaite. « Tu n'as certainement pas à t'excuser auprès de moi. Je suis juste soulagée de voir que tu n'as rien. Est-ce que tu peux m'expliquer ce qui se passe ? »
---
## Chapitre 9 — Le Nom Interdit
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Vespera pousse Hobb vers Cillitéhon. « Explique à la dame maintenant ! Explique ce qui va leur arriver ! »
Le garçon baisse les yeux. Vespera insiste : « C'est qui qui vous a commandités ? »
« Ça te regarde pas. »
Cillitéhon s'agenouille devant lui — son corps écailleux, rocailleux, ses yeux bandés tout près de son visage. Mais sa voix est douce, paradoxalement.
« Hobb, c'est ça ? Est-ce que tu es en danger ? Est-ce que quelqu'un te menace ? »
Le garçon hoche la tête.
« Ça fait longtemps qu'on te menace ? »
Il hausse les épaules, comme s'il avait perdu sa langue.
Cillitéhon lui prend la main. « Je tiens à ce que tu saches que si on te veut du mal, aujourd'hui, tu n'es plus tout seul. Ni Vespera ni moi ne laisserons qui que ce soit te faire du mal. Mais pour qu'on puisse t'aider, il faut que tu acceptes de nous dire qui te menace. »
Les yeux de Hobb s'emplissent de larmes. Il regarde Narel, qui hoche doucement la tête. « Tu peux lui faire confiance. C'est elle qui m'a libérée quand j'étais attachée. Elle te protégera aussi. »
« Mais... la dernière fois que j'ai donné un nom... ça a coûté la vie à quelqu'un. »
Vespera se décompose. Son œil devient très sombre, presque éteint.
Hobb finit par murmurer : « C'est Sœur Lame. C'est Sœur Lame qui m'a envoyé. »
---
## Chapitre 10 — L'Ombre du Cartel
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Le nom tombe comme une pierre dans un puits.
Vespera tombe presque à genoux. Son œil, d'habitude pulsant de rouge, semble mort. « Je sais pas dans quoi tu t'es foutu... Comment tu t'es retrouvé là-dedans... »
Cillitéhon caresse la main de Hobb. « C'est très courageux ce que tu viens de faire. Maintenant, grâce à toi, on va pouvoir faire ce qu'il faut pour vous protéger. Personne ne sera puni parce que tu nous as donné ce nom. »
Elle essuie délicatement une larme sur la joue du garçon.
« De toute façon, elle ne trouvera pas, » dit-elle.
« Faut pas qu'elle trouve, » répond Hobb. « J'espère que vous ne la trouverez pas non plus. »
« Qui est cette Sœur Lame ? » demande Cillitéhon à Vespera.
« Quelqu'un qui est réputée pour faire taire les plus curieux. Pour faire disparaître ceux qui dérangent. Elle fait partie du Cartel de l'Abîme. »
« Et les autorités ne font rien ? »
Vespera a un rire amer. « Ici, tout s'achète, tout se vend. Ça passe encore plus quand ça arrange les autres. »
Narel prend la main de Hobb et la serre. « On est amis. Les amis, ça se serre les coudes. Je t'aiderai. »
« Je le mérite pas, » murmure le garçon.
« T'es idiot, » répond Narel avec un grand sourire.
---
## Chapitre 11 — Face au Maître des Fondeurs
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Le groupe retourne dans les Entrailles. Devant le bureau de Fulguraax, Vespera leur fait signe d'attendre.
« Laissez-moi d'abord lui parler. »
Elle frappe et entre. L'adolescent est toujours là, attaché à sa chaise par des câbles d'acier. Ses joues portent des marques de doigts — il s'est pris des gifles monumentales. Ses poignets sont entaillés par les fils de fer.
« Tu m'avais promis de pas le toucher, » dit Vespera, la voix glaciale.
Fulguraax hausse les épaules. « Il est pas blessé. Hein, c'est vrai, ça va mon petit ? »
Le garçon ne répond pas.
« Fais pas de mal aux gamins, » supplie Vespera. « Si tu dois faire payer quelqu'un, c'est sur moi que tu passeras tes nerfs. »
« T'as rien à voir là-dedans. »
« À une époque, tu m'as bien tendu la main. Et j'étais qu'une gosse. »
« Tu piquais pas dans mes affaires. »
Vespera fait entrer les autres. Fulguraax reconnaît immédiatement Hobb.
« Toi, petit gamin. J'ai déjà vu ta sale trogne. »
Cillitéhon s'interpose, un sourire doux aux lèvres malgré l'apparence terrifiante de l'homme. « Monsieur Fulguraax, je pense qu'il serait bon qu'on ait une conversation. Tous ensemble. »
Elle observe le chef des Fondeurs : un homme massif, un bras et une jambe mécaniques, un tablier de cuir, des cheveux hirsutes et une barbe fournie. Un visage marqué par le temps et la violence.
Hobb raconte tout. Sa rencontre avec le Cartel. Les petits larcins. Et puis Sœur Lame qui est venue en personne lui donner cet ordre.
Fulguraax écoute attentivement. Puis il se lève, va fouiller dans un placard, et en sort d'autres plans — différents de ceux sur sa table.
« T'as qu'à lui refiler ça à l'autre, » dit-il en les tendant à Vespera. « Ça va la calmer un temps. »
Des faux plans. Un leurre pour tromper Sœur Lame.
« Et maintenant, toi, » ajoute-t-il en regardant Vespera, « tu me dois une fière chandelle. Un service que tu pourras pas refuser. On est bien d'accord ? »
Vespera hoche la tête. « Avec plaisir. »
Fulguraax fait tourner son doigt près de sa tempe. *Souviens-toi.*
---
## Chapitre 12 — L'Antre de la Cyclope
*Cillitéhon, Narel, Vespera*
Vespera détache l'adolescent — ses poignets sont entaillés, son visage gonflé, mais il s'en sortira. Elle les invite tous chez elle.
Ils descendent encore plus profond dans les Entrailles, jusqu'à une porte rouillée et délabrée. L'appartement de Vespera est un chaos organisé : des papiers partout, des outils accrochés aux murs — faux, scies, chaînes — des bureaux couverts de bidules mécaniques. Un escalier étroit monte vers l'étage.
« Je n'ai pas l'habitude de recevoir des gens, » s'excuse-t-elle en débarrassant une table. « Narel, si tu veux te reposer, il y a mon lit à l'étage. C'est la seule pièce propre parce que je n'y vais jamais. »
Narel se frotte les yeux. La fatigue d'une nuit blanche la rattrape enfin. Elle monte les escaliers, s'allonge sur le lit.
« Et pour Hobb, ça va aller ? » demande-t-elle.
« J'espère. Fulguraax a fait le nécessaire. On va croiser les doigts. »
« Merci... Madame la Cyclope. »
Vespera ébouriffe les cheveux de la jeune Enderienne, puis redescend.
---
## Chapitre 13 — Le Verre de l'Abîme
*Cillitéhon, Vespera*
La nuit a été longue. Vespera sort des verres et une bouteille à moitié pleine d'un liquide noir et visqueux. Elle sert tout le monde et lève son verre avant de le boire cul sec.
Cillitéhon renifle le sien avec méfiance. Ça pique le nez, comme de l'alcool à brûler. Quand elle le porte à ses lèvres, ça pique même la langue sans avoir trempé dedans.
« Auriez-vous de l'eau plate ? » demande-t-elle poliment.
Vespera fouille dans ses placards, sort une bouteille transparente avec des petits trucs qui flottent dedans. « Elle ne date pas d'hier, mais c'est tout ce que j'ai. »
Cillitéhon ne boit pas. Elle verse l'eau dans le creux de sa main et l'étale sur ses bras, son cou — toutes les parties de peau exposées. Elle s'humidifie comme un être des profondeurs qui manque de son élément.
Kev détourne le regard, fasciné et mal à l'aise.
Vespera explique le plan aux enfants : remettre les faux documents à Sœur Lame, prétendre ne pas savoir que ce sont les mauvais, dire qu'ils ont failli se faire attraper et qu'il n'y a plus moyen de rentrer.
« Si jamais elle demande que vous y retourniez, vous lui dites non. Point final. »
« Sœur Lame sait tout, » murmure Hobb. « Je suis sûr qu'elle sait même que toi, t'es là. »
Cillitéhon pose des questions sur Sœur Lame, sur le fonctionnement de Gueule Noire. Elle apprend que l'île est divisée en pôles de pouvoir, mais que dans les faits, la corruption règne — tout s'achète, tout se vend, et les crimes passent d'autant plus inaperçus qu'ils arrangent ceux qui détiennent le pouvoir.
Avant de s'endormir, Narel repense à Hobb. La dernière image qu'elle garde de lui : le garçon qui la regardait en coin, sans oser croiser son regard directement, portant tant de culpabilité sur ses épaules d'enfant.
Dans ce monde de fer et de bruit, les innocents paient toujours le prix des jeux des puissants.
---
*Quelque part dans l'île, le vrombissement continue. Sœur Lame attend ses plans. Et dans l'ombre du Cartel de l'Abîme, une dette vient d'être contractée.*
*« Ici, les crimes passent d'autant plus inaperçus qu'ils arrangent ceux qui détiennent le pouvoir. »*