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# Le Chant des Reliques — Saison 2, Épisode 17
## *Séance d'UV*
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> *Il y a des lumières qui éclairent, et des lumières qui dévorent. Cette nuit, dans les Entrailles de Gueule Noire, une vieille femme lève un cristal comme on lève une sentence — et la peau des enfants apprend ce que le soleil ne leur avait jamais dit. On se cache dans un placard, on se couvre d'une tunique, on se met en travers d'un rayon pour épargner ceux qu'on aime. Et quand tout s'éteint, il reste des corps qui fument, et une peau grise qui, fendue par la brûlure, se met à briller.*
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## Chapitre 1 — Le cagibi
*Vespera, Hobb*
Fulguraxx pousse les portes lourdes de la vieille forge, qui raclent le sol derrière lui. Vespera lui emboîte le pas. Ils remontent vers la salle où les attendent Kev et les autres. Le silence est épais, il colle à la peau — comme si les souvenirs de la vieille forge remontaient les escaliers avec eux.
Des pas dans le couloir. Vespera s'arrête net, bloque Fulguraxx d'un bras. Ce n'est qu'une silhouette : Hobb. Les yeux rouges, brillants. Il renifle dans sa manche, regarde à droite, à gauche, comme s'il ne savait plus où aller.
*« C'est juste les mousses »*, lâche-t-il avant qu'on lui demande rien. *« Les mousses, ça fait des spores, ça me pique les yeux. »*
Vespera avance la main vers son épaule. *« Viens, on retourne auprès de Kev. Je vais te donner un truc pour t'essuyer les yeux. »* Hobb recule, se dandine, dévisage Fulguraxx sans le lâcher du regard. Fulguraxx, dur : *« On peut savoir ce qui t'arrive, gamin ? »* — *« Non. »*
Puis Hobb lâche l'essentiel : la Peseuse fouille les Entrailles. Deux gardes du Seuil avec elle. Elle les cherche, tous. Non, il ne leur a rien dit — *« Ton avis ? »*
Au bout du couloir, une voix. *« Il doit forcément être quelque part. Trouvez-la immédiatement. »* Une jambe dépasse du coin du mur.
Réflexe : Hobb se plaque contre la pierre. Fulguraxx en fait autant et passe son bras d'acier sur les épaules de Vespera pour la coller au mur. Elle le repousse. *« Qu'est-ce que tu fais ? Ça sert à rien de se mettre contre le mur. »* — *« Je crois que tu te rends pas bien compte de ce que ça implique si la Peseuse nous tombe dessus. »*
Vespera ouvre la première porte à droite. *« Reste là-dedans. Hobb ! »* Le gamin saute à l'intérieur. Fulguraxx lève les yeux au ciel et suit. La poignée se referme sur un petit clic.
Un cagibi. Un bordel monstre : caisses empilées, outils suspendus au plafond, poussière partout, le noir presque total. Et une odeur — végétale, âcre, qui prend le nez et la gorge, qui étouffe presque. Fulguraxx tâtonne sur un établi, trouve un chiffon, le porte à son visage. Il est plein d'une poudre qui lui ronge aussitôt les yeux et le nez. Il retient une quinte, les rouages de son bras grinçant tandis qu'il se pince le nez — ça lui échappe, il heurte un meuble. Vespera, elle, se relève trop vite et se cogne à une clé à molette pendue au plafond. L'outil tombe. Vacarme monstre, juste derrière la porte.
Les pas se taisent. Tout le monde se fige. Hobb tente de se glisser sous une table, le dos contre une armoire. Vespera fixe la poignée, les bras ballants. Et la poignée, tout doucement, se met à tourner.
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## Chapitre 2 — Dans son sillage
*Cillithéon, Narel*
De l'autre côté, dans la salle, Cilly, Narel et Kev. Kev est ficelé dans le dos de Cilly, hissé et noué dans un linge comme un nourrisson. Ils viennent d'arrêter un plan : remonter chercher Vespera et Fulguraxx. Ils entrouvrent la porte — et découvrent la Peseuse, pas loin, qui parle à voix basse à ses deux gardes.
Narel se hausse sur la pointe des pieds, tire Cilly par la main pour lui souffler à l'oreille. *« Elle est là. Tu crois qu'on devrait la suivre ? Comme ça, si jamais elle les trouve avant nous, on pourra les aider. »* Et si un garde les repère, on dira qu'on cherche Hobb.
Cilly hésite. Elle n'aime pas l'idée d'être au contact de cette femme plus que nécessaire — peur qu'elle change d'avis, peur de ne pas réussir à se tempérer. Mais l'idée n'est pas mauvaise. *« Avançons. Et si on ne le retrouve pas d'ici quelques minutes, on avisera. »*
Ils s'engagent dans le sillage de la Peseuse, à bonne distance. Cilly garde la main de Narel dans la sienne, cherche Hobb du regard à droite, à gauche. La Peseuse tient un prisme au bout d'une lanière de cuir — un cristal pâle à six faces qui éclaire sans chaleur et creuse d'ombres son visage déjà sévère. Elle s'arrête devant une porte, distribue ses consignes. Les gardes acquiescent. Cilly serre la main de Narel : on ne bouge plus.
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## Chapitre 3 — « Hobb ! Hobb ! »
*Cillithéon, Narel*
Un garde se place face à la porte, l'autre arme sa lance. La Peseuse derrière eux. La poignée ronde d'acier tourne, tout doucement. Narel ramasse un bout de brique, désigne le plafond à Cilly — l'idée de grimper, de les laisser passer sans les voir.
Mais il n'y a plus le temps. Narel lâche la main de Cilly et s'avance dans le couloir, la voix la plus innocente du monde. *« Hobb ! Hobb ! Dépêche-toi, on doit partir ! »* La Peseuse se retourne. *« Sale peste ! »* — *« Pardon, je cherchais juste mon ami. »* Narel plisse les yeux dans la lueur du prisme, sourit large. *« Madame la Peseuse ! Est-ce que vous avez vu Hobb ? Le petit garçon qui était avec moi. Il est parti faire pipi, et je le retrouve pas ! »*
Cilly se plaque sur le côté, hors de vue, laisse Narel prendre le devant. La Peseuse fixe l'enfant, un regard qui ne cligne pas. Elle baisse le prisme. Et le garde ouvre la porte d'un coup sec. La lumière entre dans le cagibi.
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## Chapitre 4 — Deux commandos
*Vespera, Hobb*
Les deux gardes s'engouffrent comme deux commandos. Hobb grimpe sur une armoire, se fait tout petit. Fulguraxx roule sous un établi. Le premier garde pique de sa lance vers lui — Fulguraxx saisit le bois à deux mains, tire de sa force d'acier, désarme l'homme et retourne la pointe contre sa gorge.
Vespera s'est planquée derrière la porte, la clé à molette en main. Dès que le second passe, elle frappe — la nuque. Le garde saigne, chancelle. Mais le coup est si violent qu'il ricoche contre une pile de tables, qui bascule sur elle. La voilà coincée dessous. Le garde en profite, cherche à l'embrocher à travers le bois. Vespera pousse des deux jambes, roule, s'extrait dans un effort qu'elle ne s'explique pas — la lance lui érafle l'épaule au passage. Une entaille légère.
En haut de son armoire, Hobb fait tourner sa fronde. Il vise le garde au sourire mauvais qui s'acharne sur Vespera. La bille d'acier part. Elle entre dans l'orbite, y déforme l'œil, s'y loge. L'homme reste saisi une seconde, le regard remplacé par le fer, puis s'écroule.
Reste le premier garde. Vespera se glisse dans son dos, lui remonte les deux bras, une clé qui fait levier sur les omoplates à travers l'armure trop étriquée. Fulguraxx lui pointe la lance au visage. L'homme est à leur merci — et les deux adultes, une fois de plus, ne s'accordent pas sur la suite. Fulguraxx hésite à finir ; le garde manque leur échapper. *« Récupère la lance ! »* jette Fulguraxx. Vespera la ramasse, la balance à ses pieds, le sang perlant au coin de sa bouche. *« Mais à quoi tu joues ? »* — *« Mais toi, à quoi tu joues ? Tu penses que c'est comme ça qu'on va sortir d'ici ? Il y a la petite, juste derrière la porte. »* Ils se toisent, deux secondes, le regard noir. Puis Vespera abandonne le garde à Fulguraxx et se rue vers la porte.
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## Chapitre 5 — L'araignée
*Cillithéon, Narel*
Au même instant, dans le couloir, la Peseuse a saisi Narel. Une poigne qu'on n'attendait pas d'une femme de son âge. Elle la serre contre elle, approche le prisme de ses yeux — ça brûle. *« Laisse faire les adultes, ma petite. Ça t'apprendra à mentir. »* Narel se débat, mord, griffe.
Cilly entend le vacarme derrière la porte. Elle ramasse tout ce qui traîne au sol — outils, cailloux, une boîte de fer —, le fourre dans le linge qui porte Kev, et grimpe la paroi comme une araignée, l'apprenti sanglé dans son dos, jusqu'au plafond. De là-haut, en contre-plongée, elle voit Narel prise dans les bras de la vieille. Elle lâche tout son barda sur son crâne. La boîte de fer, lourde, la cueille de plein fouet — la Peseuse lâche Narel, bascule ; l'angle de la boîte ricoche et effleure aussi l'enfant, une simple contusion. La Peseuse se retrouve assise par terre, le prisme toujours au poing.
Cilly redescend, s'accroupit près de Narel, lui prend les joues entre les mains. *« Est-ce que ça va ? »* — *« Ça va. Un peu mal. »*
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## Chapitre 6 — Séance d'UV
*Cillithéon, Vespera, Narel, Hobb*
La Peseuse se relève, péniblement. Un regard de défi. Elle tend le prisme vers eux. D'un coup, le cristal prend une luminosité terrible. La dernière chose qu'on voit, ce sont ses yeux à elle qui se ferment.
Cilly, dont les yeux ne supportent rien, plaque à peine sa main à temps. Narel voit son ombre se projeter au sol dans une clarté impossible. Vespera, qui s'élançait vers la porte, prend le flash en plein dans le fond des yeux — aveuglée, elle ne voit plus ses propres pieds.
Ce n'est pas qu'une lumière. C'est une chaleur. Comme un soleil de plomb sous lequel quelque chose se met à cuire. Cilly se plante face au cristal, Narel et Kev derrière elle, dans son ombre. Elle prend tout sur sa peau nue. Ça brûle. Elle appelle, à l'aveugle, désespérée : *« Vespera ! Vespera ! »* — puis, à Narel : *« Je peux pas t'aider, je vois rien ! »*
Vespera entend. Elle avance dans le noir, guidée par la seule voix de Cilly, les mains devant elle. Ses paumes chauffent ; sa tunique de cuir la protège encore un peu. Ses doigts trouvent enfin une épaule — le tissu de Cilly, qu'elle reconnaît au toucher. Elle la tire vers le bas, l'accroupit, retire sa propre tunique et l'en couvre pour la soustraire à la lumière. Cilly est soulagée — mais sa peau a déjà pris. Et Vespera, désormais sans cuir, sent sa propre chair commencer à cuire, ses cheveux roussir.
Narel, elle, n'a pas été aveuglée. Elle arrache son haut et le jette sur le cristal pour en étouffer la clarté. Le tissu s'enflamme, mais un court instant la fraîcheur des Entrailles revient — un paradis. Puis le tissu se consume, le cône de feu revient. La Peseuse court reprendre son prisme. Narel la devance et shoote dedans de toutes ses forces, pour l'expédier au loin — droit vers la vieille. Une bille de fronde siffle près du visage de la Peseuse, trop tard : elle attrape le cristal à pleine main.
Une déferlante de lumière, une blancheur atroce. On ne voit plus rien. Le temps d'une image, avant l'aveuglement, on entrevoit l'objet désarticulé — un bâton à six faces qu'on aurait fait glisser hors de son axe, la pointe incandescente, l'arrière parfaitement éteint. Vespera, aveugle, ne s'arrête pas de courir dans la direction où elle l'a vue en dernier. À un mètre. Si elle reste, elle brûlera encore. Elle ne reste pas. Elle plaque la Peseuse au sol de tout son poids. Le prisme s'éteint, roule au creux d'une main qui ne serre plus rien. Vespera s'effondre, les cheveux en flammes, le corps qui hurle comme une braise, et tombe dans les pommes. La Peseuse est éjectée par le choc, projetée au loin, allongée, immobile — inconsciente, peut-être davantage. Nul ne saurait le dire.
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## Chapitre 7 — Les craquelures
*Cillithéon, Vespera, Narel, Hobb*
La douleur reflue d'un coup. Le silence retombe sur les Entrailles, avec ce vrombissement lointain, familier.
Narel cligne des yeux, la peau rouge et à vif — le coup de soleil du siècle. Dès qu'elle revoit, elle cherche Cilly et Vespera. Vespera est là, tout près, affalée, les cheveux brûlés et gris, la peau qui cloque, immobile. Narel pose les mains sur ses vêtements, pas sur sa peau, la secoue. *« Vespera ! Vespera ! »*
Et Vespera, quelque part très loin, entend cette voix se transformer. La voix de Narel devient celle d'un petit garçon qui l'appelle — Vespera, Vespera —, deux enfants qui courent dans une cuisine, elle qui court après eux en riant, les rires qui éclatent dans la maison. Puis tout redevient noir. Sous la main de Narel, un pouls faible, mais un pouls. Elle est vivante.
*« Vite ! »* Narel se retourne vers Hobb. *« Il faut qu'on la soigne, il faut qu'on fasse quelque chose ! »* Puis elle regarde Cilly — et ce qu'elle voit l'arrête. La peau grise de Cilly s'est fendue comme une terre trop sèche, de larges craquelures, et de chacune jaillit une lumière laiteuse, veinée de reflets multicolores. Cilly tient un genou au sol, une main à terre, la mâchoire contractée, tout le corps tendu pour contenir la douleur et les larmes — et peut-être pour que ce qu'elle sent d'elle-même reste moins visible qu'elle ne le craint.
Narel fond en larmes. Ses propres larmes lui brûlent les joues à mesure qu'elles coulent. Elle s'effondre à genoux, soulagée qu'elles soient vivantes toutes les deux, écrasée par ses brûlures et par tout ce qu'elle voit.
Hobb reste en retrait, la fronde pendue au bout du bras. Il contemple la scène improbable : Cilly à genoux, Narel presque nue et sanglotante. Il détourne les yeux — à droite, à gauche, en haut, en bas, partout sauf sur elle — puis lui tend un bout de chiffon sale pour se couvrir. Un regard à Cilly, indéchiffrable. Et, en bon exécutant, il va tirer Fulguraxx par son bras d'acier pour l'amener jusqu'à Vespera.
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*Deux enfants ne sont pas rentrés, il y a vingt ans, et Vespera les entend encore rire dans le noir où elle sombre. Ce soir, il y en a deux autres, bien vivants, qu'une étrangère grise a couverts de son ombre jusqu'à en craquer de lumière. Le cristal a roulé, éteint, au creux d'une main qu'on n'ose pas dire morte. Et dans le sillage brûlant qu'il laisse, un gamin qui refuse de regarder tend un chiffon sale — parce que c'est tout ce qu'il a, et qu'il ne sait faire que ça : rester, et aller chercher de l'aide.*