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# Le Chant des Reliques — Saison 2, Épisode 15
## *À couteau re-tiré*
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> *Ce soir, à Gueule Noire, on n'entre plus dans le feu pour parler. On y entre pour finir. Une apprentie au cou ouvert, une lame qu'on tend à la main qui doit trancher, un poteau qui bascule à travers les flammes comme un pont qu'on ne fait qu'une fois. Et quand le silence retombe sur la cendre, c'est sous la lumière d'une peau qu'on ne savait pas savoir soigner qu'un enfant comprend qu'il y a deux façons de couper — celle qui sauve, et celle qui ne sauve plus.*
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## Chapitre 1 — Au-dessus du cercle
*Cillithéon, Vespera, Hobb, Narel*
Ils arrivent par les toits. Hobb en tête — c'est son quartier, c'est ses tuiles. Cillithéon en serre-file. Sous eux, la cabane est presque à cendre. Le cercle de flammes monte à plus de deux mètres et déborde maintenant sur les arêtes des poutres. La structure du ponton penche déjà du côté que Vespera a coupé tout à l'heure.
Au centre du cercle, Sœur Lame se tient debout. Une longue épée courbée plantée mollement vers le sol comme une canne. Dans son autre bras, Kev. La lame contre la gorge. Quelques gouttes de sang perlent déjà. Plus loin, à terre, Fulguraxx — le mollusque sur son dos, un genou appuyé sur ses reins, qui le maintient au sol.
*« Qu'est-ce qu'on va faire ? »* murmure Hobb. *« Il y a des flammes partout. »*
*« Il faut détourner son attention »*, répond Cillithéon. *« C'est son terrain de jeu. Elle a l'avantage ici. »*
Hobb scrute. Et il voit. Un long mât de bois fiché dans une plateforme un peu plus loin, un drapeau noir qui flotte trop haut pour qu'on en lise les écritures. Il le pointe à Vespera. Si on coupe la base, il bascule. Il tombe en travers du cercle. Il fait un pont.
*« Par-dessus les flammes ? »*
*« Par-dessus les flammes. »*
Vespera sort de sa ceinture l'outil que Kev lui a relancé hier — celui qui tranche le bois sans effort. Elle commence à scier. Cillithéon pose la main sur son épaule. *« Tu es l'épicentre de tout ça. Tu arrives à les maintenir concentrés. Pendant ce temps-là, nous on s'occupe du pont. »* Elle prend l'outil dans les mains de Vespera. Vespera la regarde, hoche la tête. Suante, rouge, les mains tremblantes. Elle ne réfléchit plus. Elle descend.
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## Chapitre 2 — La fronde et la planche
*Cillithéon, Vespera, Hobb, Narel*
Cillithéon attaque la base du poteau. Le sillon s'ouvre vite. À l'opposé, Narel s'accroche, les bras autour de la poutre, et pousse de tout son poids pour plier le bois dans le sens du sciage. Hobb, lui, ne reste pas à les regarder. Il fouille dans son sac, en sort une fronde — celles qu'on tournoie au-dessus du crâne. Pas de pierres dans la poche : des billes d'acier. Ce qu'on ramasse partout sur cette île.
Il la fait tourner. Vise le mollusque qui pèse sur le dos de Fulguraxx. Lâche.
La bille traverse la fumée. Frappe le front du sbire en plein. La tête bascule en arrière, le poids cède d'un coup. Fulguraxx sent le relâchement, roule sur le côté, tire la jambe du mollusque par-dessous, le déséquilibre. L'homme part en arrière, une plaie ouverte sur le front.
Sœur Lame se retourne. Elle ne voit pas qui a tiré. Sa voix s'immisce entre les crépitements.
*« Alors, on a décidé de revenir ? Vous aviez oublié quelques petites choses derrière vous, peut-être ? »*
*« Oublié, non. »* Vespera s'avance dans la fumée. *« On n'a juste pas fini avec toi. »*
*« Vous oubliez qu'ici c'est mon terrain de jeu. C'est moi qui n'en ai pas fini avec vous. »*
Sœur Lame lève la main gauche, celle qui ne tient pas Kev. Lentement. Les flammes s'ouvrent devant Vespera comme un rideau qui se sépare. Un passage. Une invitation.
*« Vas pas y aller »*, jette Hobb. *« C'est un piège. »*
Vespera lui adresse un clin d'œil. Et elle entre dans le cercle.
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## Chapitre 3 — Le coup qui coupe
*Cillithéon, Vespera, Hobb, Narel*
Sœur Lame parle, mais Vespera ne répond plus. Elle avance. Elle se décale en marchant — pas par esthétique, pour ouvrir la ligne de tir à Hobb. Une fois en place, elle se met en garde, point levé, comme si elle attendait l'attaque.
*« Alors, si on jouait à un niveau égal ? »* sourit Sœur Lame.
Hobb a quatre secondes. Il fait tourner sa fronde une deuxième fois. Lâche au moment précis où Vespera s'efface. Sœur Lame, occupée à toiser Vespera, ne voit pas venir le coup bas. La bille la frappe dans la mâchoire dans un craquement de nuque. Sa tête tourne d'un coup sec sur le côté.
Mais dans le mouvement, elle a resserré son étreinte sur Kev. La lame s'enfonce dans la gorge. Pas pressée, *enfoncée*. Une plaie béante s'ouvre au cou. Kev a les mains qui montent en réflexe, qui agrippent la lame, qui se coupent les doigts. Il essaie de respirer. Il ne peut plus.
Vespera a un appel d'air vers lui — trop loin pour intervenir physiquement. Elle joue ce qu'elle peut. Une opportunité. Kev se dégage de l'étreinte de Sœur Lame, à demi étranglé, presque à quatre pattes. Il court vers Vespera. Une main pressée sur la plaie. Du sang qui sort de la bouche.
Vespera l'accueille, se met entre lui et Sœur Lame, lui presse la main plus fort contre son cou. *« Vespera, t'aurais dû fuir »*, halète-t-il. *« Elle va te tuer. »*
*« Reste comme ça. Appuie. Plus fort. »*
Sœur Lame avance d'un pas tout à fait détendu. Un grand sourire. Des flammes dans les yeux. La lame toujours dans la main droite.
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## Chapitre 4 — Le pont en gerbe d'étincelles
*Cillithéon, Vespera, Hobb, Narel*
De l'autre côté du cercle, Cillithéon scie comme une possédée. La sueur perle sur les écailles de pierre qu'elle porte au front. Narel pousse à l'opposé, suspendue à la poutre comme à une corde. *« Vas-y, pousse de toutes tes forces ! Pousse tout dans ce sens. »*
Hobb arrive en courant sur la terrasse — il a traversé les toits voisins. *« Plus vite, Cilly, plus vite ! »* Il s'accroche aussi, tire avec.
Dans un ultime effort, la base du poteau cède. Le mât bascule. Il s'éclate de tout son poids contre le ponton du cercle, ouvre un trou dans une planche, transperce le bois, se cale entre deux poutres. Une gerbe d'étincelles monte. La poutre forme un pont qui mord dans le premier tiers du cercle de flammes.
Sœur Lame se retourne d'un quart de tour pour voir ce qui vient de tomber dans son dos. La lame plantée au sol. Elle est tournée.
*« Moi je profite de ce moment »*, dit Vespera. *« Je lui cours dessus le poing chargé. »*
Elle saute du toit, court sur la poutre encore vibrante. La plateforme penche dans sa course, l'élan la propulse. Et son poing s'abat sur l'arrière du crâne de Sœur Lame, juste au-dessus de la nuque, de toutes ses forces, pour la faire basculer en avant.
Sœur Lame est projetée. Elle lâche sa lame, qui tournoie et vient se planter dans la cendre quelques mètres plus loin. Elle tombe ventre à terre, les mains au sol, le visage de travers, le regard noir.
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## Chapitre 5 — Les deux Rottweilers
*Hobb, Narel, Vespera, Cillithéon*
À l'autre bout du cercle, Hobb et Narel ne s'arrêtent pas non plus. Ils traversent le pont à leur tour. Hobb court comme s'il était sur du plancher. Narel glisse juste derrière lui. Ils foncent sur le mollusque, encore au sol près de Fulguraxx, encore vivant.
*« Les deux Yorkshire »*, dit Hobb en riant.
*« Les deux Rottweilers »*, corrige Narel.
Ils se jettent ensemble. Hobb vise les roustons, à hauteur de hanche, parce que c'est sa hauteur à lui. Narel se jette sur les jambes pour le faire tomber. Mais le mollusque les voit arriver — Hobb crie en sautant, la discrétion ne fonctionne pas. Une main sur chaque cou. Il les tient à bout de bras. Ils ne touchent plus terre.
Mais ce faisant, il a lâché Fulguraxx. Et Fulguraxx, à ce moment précis, se relève. Le bras mécanique armé. Toute la force du buste mise dans le mouvement. Et il le frappe à la mâchoire — un coup qui résonne, qui marque pour de bon. Le mollusque s'effondre sur le dos, les bras de chaque côté du visage. Hors course.
Cillithéon, elle, est entrée dans le cercle par le pont. Elle a marché jusqu'à la lame plantée dans la cendre, et elle l'a ramassée par la garde. Elle vient se placer face à Vespera. Sœur Lame est entre elles deux, dos contre Vespera, encore relevée, encore vivante.
Cillithéon élève la voix vers les enfants et Fulguraxx.
*« Sortez maintenant, tout de suite. Escaladez le pylône et sortez d'ici. »*
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## Chapitre 6 — La danse des esquives
*Vespera*
Sœur Lame s'est relevée. Elle tend la main vers sa lame restée au sol. Et la lame, comme magnétisée, retourne dans sa paume en l'espace d'une seconde. Elle se redresse, fait face à Vespera, un sourire carnassier sur le visage.
Elle arme. Un énorme mouvement de bras pour trancher le torse de part en part.
Vespera esquive. Recule. La lame siffle juste devant son visage. Elle prend appui sur ses arrières — elle n'est pas tombée sur l'avant, elle est encore en équilibre. Elle recule encore. Le ponton s'incline sous le poids qui se déplace. Deuxième coup, le vent de la lame lui frôle la joue. Troisième. Quatrième. Elle ne riposte pas. Elle attend.
À la cinquième, elle attrape le bras. Stop net. Une clé. Sœur Lame est contre elle, dos à elle. Elle se débat. Coup de boule en arrière dans le nez de Vespera. Vespera grimace mais tient.
Hobb, sur l'autre terrasse — il n'est pas remonté finalement. Narel lui avait dit de monter, il avait grogné *« pas un lâche »*. Il fait à nouveau tourner sa fronde. *« Je peux le faire d'ici. »*
Vespera, dans le revers de la clé, arme la tête en arrière. Et elle frappe l'arrière du crâne de Sœur Lame de son propre front. Le coup résonne dans un son métallique strident, qui ne devrait pas exister entre deux crânes humains. Sœur Lame s'alourdit dans ses bras. La tête pend en avant.
À sa merci. Pour très peu de temps.
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## Chapitre 7 — La lame qu'on tend
*Vespera, Cillithéon, Hobb, Narel*
Vespera tient encore la clé d'une main. De l'autre, elle attrape le visage de Sœur Lame, lui remonte la tête pour qu'elle regarde droit devant.
*« Regarde-la bien. C'est la dernière chose que tu vas voir avant de mourir. »*
Et Cillithéon s'avance, dans le champ de vision flou de Sœur Lame. Elle ramasse sa propre lame courbée, celle qu'elle a portée jusqu'ici. Elle la prend par le tranchant. Elle tend la poignée à Vespera. Elle regarde Fulguraxx. Elle regarde Vespera.
Pas de mots. Juste la perche.
Vespera lâche la clé de bras. Prend la lame d'une main. La passe sous la gorge de Sœur Lame. Elle continue à maintenir la tête de l'autre main, bien droite, comme pour la maintenir contre elle. Sœur Lame regarde Cillithéon.
Et Vespera tranche.
Une fois. Le corps s'écroule. Vespera lui crache dessus. Elle balance la lame à côté du corps.
Hobb regarde Vespera sans expression sur le visage. Il ne bouge pas. Il est immobile dans les flammes.
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## Chapitre 8 — Les femmes d'abord
*Vespera, Fulguraxx, Cillithéon, Narel, Hobb*
La chaleur reste, et la plateforme est bien endommagée. Cillithéon a aidé les enfants à passer sur le ponton pour quitter le cercle.
Vespera reste deux secondes au-dessus du corps. Comme pour vérifier qu'il ne va pas se relever. Puis elle relève les yeux vers Fulguraxx. Elle fait un signe en direction du ponton.
*« Si on est là maintenant... On peut y aller. »*
Fulguraxx la regarde. Il hoche la tête, lentement. Et il dit, du haut de sa carcasse :
*« Les femmes d'abord. »*
Vespera passe la première sur le ponton, en surveillant de temps en temps par-dessus son épaule. Fulguraxx suit. Au bout du pont, Hobb attend, debout, immobile, le visage fermé. Il fixe Vespera d'un regard froid pendant qu'elle traverse. Il ne dit rien.
Narel se serre tout contre Cillithéon. Tout collée. Comme si elle avait peur qu'elle reparte. Elle jette un regard du coin de l'œil sur Kev. Elle est inquiète pour sa plaie, mais soulagée qu'on soit tous vivants. Plus de Sœur Lame.
Vespera s'agenouille près de Kev. Elle pose une main sur Cillithéon.
*« Je crois qu'il va s'en sortir. T'arriverais à faire quelque chose ? »*
*« Je suis pas du tout médecin »*, répond Cillithéon. *« Mais on doit pouvoir lui trouver de quoi le soigner en retournant en ville. Tu connais des endroits, je suppose. »*
Vespera regarde Fulguraxx. Sans un mot. Il la fixe.
*« C'est pas moi qui l'ai ramené ici »*, dit-il. *« C'est lui qui m'a suivi, visiblement, sur tes bons conseils apparemment. »*
*« C'est pas la question. Faut l'amener à l'atelier. »*
Il fait un oui de la tête. Soulève Kev sans aucune difficulté. Lui jette un coup d'œil vers le bas sans baisser la tête.
*« La prochaine fois, tu sauras quand il faut écouter Vespera, et quand il ne faut pas l'écouter. »*
*« C'est pas le moment de lui faire des leçons. Tu lui en feras plus tard. »*
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## Chapitre 9 — Le mercurochrome maison
*Vespera, Cillithéon, Hobb, Narel*
Dix minutes plus tard, ils sont à l'atelier des Fondeurs. La ville est en miettes — chemins inaccessibles, détours, gravats. Mais Vespera connaît. Ils arrivent entre son bureau et celui de Fulguraxx, dans un entre-deux. Elle débarrasse une table d'un coup de bras, balaie tout ce qui traînait. *« Pose-le là. »* Fulguraxx pose Kev.
Vespera envoie Hobb et Narel dans son bureau chercher une mallette. Une grosse valise en cuir, très lourde, dans un placard. Ils partent en courant, Narel sur les talons de Hobb parce qu'elle ne connaît pas le chemin.
Pendant ce temps, Vespera commence à éponger le sang autour du cou de Kev. Il a perdu connaissance. Il a perdu trop de sang. Elle lui déchire la chemise pour faire de la place.
Cillithéon s'avance.
*« Je peux peut-être faire quelque chose pour arrêter le saignement. Si tu me permets. »*
*« Ça dépend. C'est quoi que tu veux faire ? »*
Cillithéon retire le bandeau qu'elle avait depuis un certain temps sur le bras — celui qui cachait la lumière qui perce sa peau. La lumière reste. Elle gratte alors un peu de l'enduit de pierre qui recouvre son avant-bras, à plusieurs endroits. À mesure qu'elle en retire, la lumière passe à travers. Elle prend cet enduit, le frotte entre ses paumes. Ça devient quelque chose d'argileux. Quelque chose comme une pâte.
Elle tend les mains. Mais elle attend l'aval de Vespera.
*« En attendant que les enfants reviennent, ça pourrait être pas mal. Vas-y. »*
Cillithéon pose ses mains très délicatement sur le cou de Kev, glisse doucement, colmate la plaie avec la pâte tirée d'elle-même.
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## Chapitre 10 — Le respect
*Vespera, Cillithéon*
Vespera lève les yeux. Elle observe Cillithéon en train de soigner.
*« Pourquoi tu fais ça tout doucement ? »*
*« Pour tout un tas de raisons. »*
*« Mais c'est laquelle la première qui t'est venue à l'esprit ? »*
Cillithéon ne lève pas la tête. Elle continue à passer la pâte.
*« Ça ne me concernait pas. Je ne suis pas d'ici. »*
Vespera pose ses paumes à plat sur la table.
*« Tu sais ce que j'ai pensé, moi ? Que si je la tuais pas, elle allait continuer à vous poursuivre, à poursuivre Hobb, Kev, à l'achever. Que si c'était pas elle, c'était vous. Donc moi. »*
*« Sœur Lame avait des informations qui étaient critiques sur la situation. »*
*« Et tu penses que ça vaut ta vie ? »*
*« Je pense que t'étais pas obligée de la tuer. »*
*« Tu penses qu'il fallait laisser tuer Kev ? Qu'il fallait la laisser continuer dans son délire à vouloir tuer Hobb ? Tu penses que ce gamin méritait de perdre la vie pour des informations sur une île de merde ? »*
Cillithéon n'a pas relevé la tête. Sa voix reste plate.
*« C'est pas à toi de me dire ça. C'est aux autres. »*
Vespera se redresse. Elle s'apprête à partir vers la porte. Fulguraxx, dans le couloir, attend. Elle s'arrête une seconde, se retourne vers Cillithéon.
*« Je n'ai pas fait ça par plaisir. C'est juste ça que j'essayais de te faire comprendre. »*
*« C'est pas à moi de te juger. Mais à toi. »*
*« Je sais bien. J'ai juste beaucoup de respect pour toi. C'est pour ça que je me suis sentie obligée de me justifier. »*
Elle pousse la porte. La laisse entrouverte derrière elle. Suit Fulguraxx dans le couloir.
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## Chapitre 11 — Tout ce qui coupe
*Hobb, Narel*
Dans le bureau de Vespera, Hobb a tout retourné sans rien trouver. Trop de mallettes. Trop d'outils. Narel arrive en courant. Elle se rappelle des indices : *« Elle a dit que c'était dans un placard. Une mallette en cuir, très lourde. »*
Hobb pointe du doigt. Narel penche la tête, prend un air de connaisseuse, plisse les yeux.
*« Je crois bien que c'est ça, oui. On n'a qu'à lui apporter et si c'est pas la bonne, on reviendra. »*
*« Je pense qu'il faut qu'on regarde dedans. J'ai peur qu'elle lui coupe la tête. Elle est capable. »*
*« La tête à Kev ? Non, elle l'aime bien. Pourquoi elle lui couperait la tête ? »*
*« Je sais pas pourquoi elle a coupé la tête à Sœur Lame. Elle était à sa merci, complètement assommée. Elle lui a coupé. »*
*« Sûrement parce qu'elle avait peur pour nous. »*
*« On aurait mieux fait de nous aider à sortir du feu. On va regarder, on sait jamais. »*
Il ouvre la mallette. Le premier objet est une grande scie dentelée.
Narel la prend. *« Ça je reconnais, c'est pour couper les arbres ! »*
*« Pour couper les os, aussi. Ça on ramène pas. »*
Et Hobb commence à enlever tout ce qui coupe. Méthodiquement. Il sort des scalpels, des bistouris, des scies fines. Tout ce qui ressemble à une lame. Il teste les tranchants sur du bois, sur de la pierre, sur du tissu. Il les balance derrière lui à mesure. *« Regarde celui-là. »*
*« Mais c'est un tout petit couteau ! Tu risques pas de tuer grand monde avec un petit couteau comme ça. »*
*« Tiens, regarde. Je découpe tout ce que je trouve. »* Le scalpel passe à travers la chaise comme dans du beurre.
Narel s'approche, ouvre la bouche. *« Ah, c'est trop bien. »*
*« Tu vois ? Moi je te dis, il avait dû couper la tête, c'est sûr. J'arrive plus à lui faire confiance, Vespera. Le Cyclope, je lui ai jamais fait vraiment confiance. »*
Au fond de la mallette, sous les couches d'instruments, Hobb tombe sur un cadre. Avec une photo.
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## Chapitre 12 — La photo
*Hobb, Narel*
Hobb soulève le cadre. Plisse les yeux.
C'est une femme jeune, qui ressemble vaguement à Vespera. Mais sans l'œil rouge. À côté d'elle, un homme assis sur la même chaise. Pas de bras mécaniques. Pas de jambe mécanique. À leurs places, des moignons. Lui ressemble à Fulguraxx. Ils sourient.
*« Oh ! On dirait Vespera ! Mais elle a pas son œil qui brille ! »*
*« Et ça, on dirait Fulguraxx. Il a toujours pas ses bras. Enfin... ses vrais bras. »* Il pointe les moignons. *« Je suis sûr que c'est elle qui lui a découpé. C'est pour ça qu'ils s'entendent pas. »*
*« Bah... pourquoi ils souriraient tous les deux sur la photo ? »* Narel pointe le visage souriant de Fulguraxx. *« Moi je sourirais pas comme ça si on m'avait coupé les bras. »* Un temps. *« Ils ont l'air d'être très amis là. Ils vont peut-être pouvoir redevenir amis. »*
*« Quoi, c'est Vespera qui a coupé les bras ? »*
*« Non. Mais s'ils se connaissent depuis longtemps... »*
Hobb tente de soulever la mallette. Il galère. Elle est lourde, beaucoup trop lourde pour son corps de gamin. Narel propose de l'aider. Il refuse d'abord — *« je vais y arriver »* — puis cède quand Narel précise *« je dis pas que t'es pas fort, c'est juste qu'on a besoin d'aller vite »*.
*« T'es plus fort que beaucoup de garçons que je connais chez moi. »*
*« Bah putain, du coup, on ira plus vite. Allez ! »*
Ils repartent à deux, la mallette suspendue entre eux. Hobb traîne. Narel chuchote dans le couloir : *« Tu vois, peut-être qu'ils vont redevenir amis. Ils n'ont pas l'air de vouloir s'entretuer. »*
*« Peut-être que Fulguraxx, il n'aura plus de pied. »*
*« Il pourra toujours les remplacer par un nouveau pied en métal. »*
*« Ça ne me fait pas rire. Tu as vu ce qu'elle a fait. »*
Quand ils poussent la porte de la pièce où repose Kev, ils voient Cillithéon penchée sur le cou de l'apprenti, les mains lumineuses, qui finit de lisser la pâte qu'elle a tirée de sa propre peau. Vespera et Fulguraxx ne sont plus là — ils sont sortis, ils marchent vers les forges, quelque part dans le couloir. La porte est entrouverte.
*« Ah, merci. Vous avez trouvé la mallette. On va essayer d'aider ce petit. »*
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*Aujourd'hui, à Gueule Noire, on a appris qu'on peut sortir d'un cercle de feu par un pont qu'on fait à la scie, et qu'il faut parfois passer du côté qu'on évite pour finir une histoire qui dure depuis trop longtemps. On a appris qu'une lame peut être tendue par celle qui ne tranchera pas, et reçue par celle qui ne demandait plus la permission. On a appris qu'un enfant qui ne dit rien pendant qu'un autre meurt sous ses yeux peut, quelques heures plus tard, vider une mallette de tout ce qui coupe — comme on retire ses propres mains d'un endroit qu'on ne reconnaît plus. Et qu'une femme qui n'est pas d'ici peut soigner avec ce qu'elle gratte sur son propre bras, parce que là d'où elle vient, on ne demande pas si la peau qui guérit appartient à quelqu'un. Ce soir, à l'atelier des Fondeurs, deux silhouettes marchent vers les forges. Une porte reste entrouverte. Et sur une photo trouvée au fond d'une valise, deux jeunes corps sans prothèses sourient ensemble — un sourire dont personne, autour de la table où Kev reprend son souffle, ne connaît encore l'histoire.*